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Revera : Le grand retour de la consigne

Lauréat 2021 des trophée Mag2Lyon de l’Economie sociale et solidaire, la SCIC lyonnaise Rebooteille a fusionné avec d’autres acteurs du réemploi pour créer une structure qui collecte dans six départements. Nouvelle étape : un déploiement national.

Par Lionel Favrot

Instaurée pour des raisons économiques en 1938, à une époque où le coût élevé de la production du verre incitait à récupérer les bouteilles usagées, la consigne a cessé d’être obligatoire en 1989. Très vite, la tendance de l’usage unique a remplacé la bonne habitude de ramener ses bouteilles pour récupérer la petite somme supplémentaire versée à l’achat. Avec une exception : l’Alsace qui a maintenu la consigne. Un tiers des hôtels-restaurants ont également poursuivi cette pratique. Les industriels ont également vu cela comme plus facile car ils n’avaient plus besoin d’organiser les retours ni d’avoir des zones de lavage dans leurs usines. Le jetable était alors associé à une forme de modernité.

La consigne a fait un premier retour vers 2020 en Auvergne-Rhône-Alpes pour des raisons cette fois principalement environnementales. Il est désormais question de protéger les ressources planétaires. Le réemploi des bouteilles a beaucoup moins d’impact environnemental que d’en fabriquer de nouvelles, malgré l’énergie nécessaire à les récupérer, les laver et les remettre dans le circuit. Les résultats de l’ADEME, qui a étudié l’ensemble des combinaisons possibles, l’ont démontré. Le réemploi du verre consomme deux fois moins d’eau et rejette 80 % moins de CO₂. « Dès la deuxième boucle de réemploi d’une bouteille en verre et jusqu’à 600 kilomètres », complète Stéphane Robert.

Deux initiatives ont donc vu le jour dans la région. L’une, Rebooteille, couvrant la Loire, le Rhône et l’Ain pour la zone de collecte et l’autre, Alpes Consignes, s’intéresse à l’Isère, la Savoie et la Haute-Savoie. « Ces deux structures sont assez rapidement passées en société coopérative d’intérêt collectif avec des valeurs de gouvernance partagée, de lucrativité limitée, d’intérêt collectif », rappelle Stéphane Robert, coporteur du projet à l’époque. Rebooteille et Alpes Consignes envisagent même un rapprochement structurel sans aboutir. S’ajoute ensuite un troisième acteur, Ma bouteille s’appelle Reviens qui opère dans la Drôme et l’Ardèche, deux départements où les coopératives sont historiquement très implantées. Avantage de cette SCIC : elle possède un outil de lavage plus important que Rebooteille qui va lui confier cette étape du processus.

700 000 BOUTEILLES

Finalement, en décembre 2024, la fusion revient au format initial du rapprochement des structures lyonnaises et alpines pour créer une nouvelle structure : Revera. Objectif : gagner en efficacité, harmoniser les process et simplifier le système pour les producteurs qui vendaient dans les deux zones. Exemple d’ajustement : Alpes Consignes n’avait pas mis en place la consigne monétaire alors que Rebooteille a retenu ce principe dès son démarrage. Sa mise en place entraîne un retour beaucoup plus élevé des bouteilles. « C’est plus difficile d’avoir des évaluations du taux de retour sans consigne monétaire mais on considère que cela ne dépasse pas les 20 à 30 %. Quand on paye une petite somme à l’achat et qu’on la récupère en rendant la bouteille, on atteint rapidement les 50 % de taux de retour la première année et on dépasse même les 80-90 % ensuite », détaille Stéphane Robert. Les tarifs pratiqués ont aussi été mis en cohérence. La consigne coûte de 0,10 € sur les petites bouteilles de bière à 0,33 € à 0,50 € sur les bouteilles de vin.

« On a également changé de nom pour souligner que ce n’était plus l’une des deux structures qui absorbait l’autre et pour afficher notre volonté de nous étendre sur un territoire plus large », souligne Stéphane Robert aujourd’hui chargé de communication de Revera.

D’autres structures apparaissent en France à la même époque. En particulier Bout’à Bout à Nantes. Cette association créée en 2016 est devenue une entreprise en 2022. Et à Lille, c’est l’association Haut La Consigne.

Ces initiatives régionales intéressent CITEO, l’éco-organisme national chargé du réemploi. « Nous, on part du terrain. Cela peut être plus efficace qu’un schéma théorique imaginé depuis Paris », résume Stéphane Robert tout en soulignant la nécessité de grandir pour devenir un opérateur d’envergure et un interlocuteur solide de CITEO.

Désormais, Revera travaille avec 110 producteurs sur six départements d’Auvergne-Rhône-Alpes avec un réseau de plus de 315 points de collecte. Elles devraient atteindre les 700 000 bouteilles collectées cette année 2025.

Revera s’est développée dans un premier temps grâce à l’engagement des réseaux Biocoop et La Vie Claire, dont tous les magasins sont impliqués. De même que d’autres enseignes bio et certaines grandes surfaces comme Intermarché et Super U. L’enjeu est de démocratiser le réemploi avec les acteurs de la grande distribution pour toucher des clients moins impliqués dans les enjeux environnementaux et la réduction des déchets que ceux des magasins bio.

Côté producteur, la brasserie Nomade de Genas a été le premier producteur à participer à l’aventure. Ils ont commencé par leur bière grand format, avant d’étendre la consigne au petit format depuis 18 mois.

Quels sont les freins au réemploi du verre ? En premier lieu le manque d’habitude au démarrage du service. « Quand un magasin nous rejoint, il n’atteint pas immédiatement les 50 % de taux de retour. Tout simplement parce que les gens oublient qu’ils peuvent rendre certaines bouteilles », précise Stéphane Robert. Du coup, ils les mettent toutes au recyclage. Parfois, ils reviennent les ramener en masse, entraînant une hausse ponctuelle du taux de retour. Passer cette phase de mise en place, des différences existent encore selon le profil de clientèle. « On est actuellement en moyenne à 60 % de taux de retour sur l’ensemble des magasins mais on atteint 85 % pour ceux qui sont déjà rodés avec une clientèle engagée », relève Stéphane Robert.

Comme souvent dans ces périodes de transition, l’accompagnement humain est le facteur déterminant. « Ce sont dans les magasins à quatre ou cinq salariés qui sont là depuis le début que cela marche le mieux. Ils sont impliqués dans le fonctionnement du magasin et informent bien du fonctionnement de la consigne une clientèle elle-même très réceptive », précise Stéphane Robert. Si, au contraire, on dépasse la vingtaine de salariés avec un turn over permanent, le taux chute. « Le mieux est d’avoir un ambassadeur du réemploi au sein du magasin. Quelqu’un de vraiment très impliqué qui va former ses collègues, se tenir au courant des nouveaux producteurs acceptant la consigne et s’assurer que tous les consommateurs soient bien informés quand ils achètent une bouteille », raconte Stéphane Robert. « Le petit message sympa quand on passe à la caisse c’est ce qui va faire la différence. Se noue alors une espèce de petit contrat moral entre le vendeur et le consommateur qui va ramener sa bouteille. »

Frein plus anecdotique qui s’estompe : l’achat pour offrir. Au départ, ces bouteilles ne revenaient pas car cela semblait compliqué de passer le message selon Stéphane Robert. Aujourd’hui, certaines personnes qui offrent la bouteille se proposent de la ramener ou celui qui reçoit le cadeau accepte de s’en charger.

Quelle est l’influence de la consigne sur les ventes de bouteilles ? « Dans un premier temps, elles augmentent. C’est vraiment flagrant. Même jusqu’à deux fois plus pour les premiers qui adoptent cette nouvelle consigne. En revanche, plusieurs études montrent qu’au fil du temps et de sa généralisation, cette différence s’estompe. Au final, c’est neutre », retrace Stéphane Robert. Mais cet effet positif se ressent à partir d’une certaine organisation. « On a eu le cas d’un producteur qui avait mis en place lui-même livraison et récupération des bouteilles. Il a failli être déréférencé par certains magasins car ses ventes avaient baissé. Une fois rentré à Rebooteille, c’est reparti à la hausse », se souvient Stéphane Robert.

Ce retour de la consigne évoque certains souvenirs nostalgiques chez les seniors. « Pas un salon ne se passe sans qu’une personne ne me raconte que quand elle était enfant, elle récupérait les centimes de la consigne pour s’acheter des bonbons ! », s’amuse Stéphane Robert. « Ces personnes ont jamais compris pourquoi on avait abandonné la consigne et elles considèrent notre initiative comme un retour au bon sens. »

Quel est le circuit logistique ? Revera met des casiers à disposition des magasins pour collecter les bouteilles. Ils les récupèrent sous deux à trois jours dès qu’ils sont pleins. Direction ensuite l’atelier de tri dans une halle des Ateliers Briand à Saint-Priest, un site mis à disposition par la Métropole de Lyon. Les bouteilles sont regroupées par références identiques dans des grands casiers métalliques qui peuvent en accueillir jusqu’à 600.

« Il y a jusqu’à quatre références pour les bières et jusqu’à six pour les vins », précise Stéphane Robert. Ensuite la bouteille part au lavage, dans la Drôme, à Montpellier ou à Lille selon les besoins des producteurs. Lille est ainsi particulièrement preneuse de bouteilles de bière. Les bouteilles peuvent aussi revenir directement au producteur. Selon le volume, soit elles lui reviennent directement, soit c’est le groupe à Saint-Priest en attendant qu’il y en ait assez pour justifier une livraison.

Et Revera ne compte pas s’arrêter là. De nouvelles alliances sont en perspective. « On est en discussion avec un autre opérateur qui s’appelle L’Incassable, basé à Marseille. Le processus de fusion devrait aboutir courant 2026. On passerait alors de six départements à douze départements, quasiment le quart sud-est de la France », annonce Stéphane Robert. Un regroupement d’opérateurs de réemploi du verre est également à l’étude pour proposer une solution harmonisée à des distributeurs d’envergure nationale : Soverre. Premier exemple concret : Biocoop qui a aujourd’hui contractualisé avec la majorité des opérateurs locaux du réemploi de France. Soit sept opérateurs pour 400 magasins Biocoop qui seront desservis.

Est-ce une étape vers une fusion globale pour créer un seul opérateur national ? C’est trop tôt pour le dire mais c’est dans tous les esprits. La consigne a été relancée grâce à de bonnes volontés locales et ces rapprochements doivent se faire dans le respect du fonctionnement des pionniers tout en n’oubliant pas l’objectif qui est un retour général de la consigne.

La consigne crée du lien

“La consigne a été relancée grâce au soutien des jeunes de Rebooteille et grâce à la Métropole de Lyon, “ils ont réussi à mettre concrètement en place la responsabilité élargie du producteur telle que prévue dans la loi”, souligne Emeline Baume, vice-présidente en charge de l’économie sociale et solidaire à la Métropole de Lyon, “la société coopérative d’intérêt collectif, pour cette élue écologiste, le soutien financier et la participation locale à Revera se justifie car le réemploi réduit le tonnage de verre que doit collecter et traiter. On aide d’un côté et on fait des économies de l’autre. Là aussi, plus de réemploi signifie moins de tonnage à collecter et à traiter pour la collectivité.”

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